Troubles alimentaires : maladie ou mal d’être? Comprendre pour mieux aider

15 mai 2026

Par Caroline Tremblay, Psychologue
Avec la collaboration de Carole Saint-Maximin

Les troubles alimentaires sont souvent bien plus qu’un enjeu lié à l’alimentation. Imaginez : vous êtes assis avec votre café ce matin et vous tombez sur ces mots : « Troubles alimentaires ». Ça sonne grave médical, presque froid. Pourtant, derrière ces mots se cachent des histoires humaines, des souffrances silencieuses, des quêtes de sens.

Alors, ces troubles… sont-ils une maladie à traiter ou le reflet d’un mal-être profond?


Au-delà de l’assiette

Les troubles alimentaires touchent des millions de personnes à travers le monde. Anorexie, boulimie, hyperphagie, mais aussi des formes moins connues comme l’ARFID (éviction alimentaire) : ces troubles ne sont pas rares.

Ils peuvent bouleverser la santé physique, mais aussi l’équilibre psychologique et social. Et si l’on regarde les chiffres, l’anorexie mentale est l’un des troubles de santé mentale avec le taux de mortalité le plus élevé. Oui, c’est sérieux.

Mais réduire ces troubles à une simple «maladie», serait passer à côté d’une dimension fondamentale : celle du sens.

Car derrière la restriction, les compulsions ou les vomissements, il y a souvent une histoire.

  • Une tentative de reprendre le contrôle,
  • De se sentir exister,
  • D’apaiser une douleur invisible.


La perspective médicale

Du point de vue médical, les troubles alimentaires font partie des problématiques de santé mentale qui peuvent entraîner des conséquences graves sur le corps et l’esprit.

Cette reconnaissance est importante pour orienter vers des soins adaptés et éviter des complications physiques parfois dramatiques (carences, troubles cardiaques, hospitalisations).

Mais ces troubles ne surgissent jamais de nulle part. Ils résultent d’une combinaison de facteurs dont il faut tenir compte :

  • Biologiques : vulnérabilités génétiques ou neurobiologiques.
  • Psychologiques : expériences relationnelles difficiles, traumatismes, insécurités affectives.
  • Sociaux : pressions liées à l’apparence, valorisation de la maîtrise de la performance.

Dans ce contexte, parler de « maladie » permet de reconnaitre la gravité de la situation et de rappeler que ces troubles ne sont ni un caprice ni un manque de volonté. Mais, une lecture purement médicale ne suffit pas toujours à rendre compte de l’expérience vécue par la personne.

C’est pourquoi les traitements recommandés incluent souvent une combinaison : suivi médical, psychothérapie et accompagnement nutritionnel.

Bref, une prise en charge holistique car le corps souffre autant que l’esprit.


Les troubles alimentaires comme réponse à un mal-être 

Mais si l’on s’arrête là, on risque de manquer l’essentiel car pour beaucoup, le trouble alimentaire n’est pas qu’un symptôme : c’est devenu un langage. Une manière de dire : «Je ne vais pas bien», lorsqu’il est difficile de le nommer clairement.

Une façon de se sentir en contrôle dans un monde qui semble imprévisible. Parfois, c’est même une identité : « Je suis celle qui contrôle son corps », « Je suis celui qui ne cède pas ». Derrière la maladie, il y a :

  • Un mal d’être,
  • Une quête de sens,
  • Une lutte contre le vide intérieur.

Dans la pratique clinique, il n’est pas rare de constater que le trouble alimentaire s’installe à un moment de grande vulnérabilité, où il peut « donner l’impression » de calmer l’anxiété et canaliser les émotions intenses.

Mais avec le temps, cette solution devient elle-même une source de souffrance puisqu’elle est impression erronée de la réalité; de là l’importance de comprendre cette fonction avec de l’aide en thérapie, non pas pour excuser le trouble, mais pour accompagner un véritable changement.


Changer notre regard, ensemble : une approche intégrative

Alors, maladie ou mal d’être? La vérité, c’est que c’est les deux. Les opposer serait donner l’impression qu’il faut choisir, alors qu’il s’agit plutôt d’un continuum.

Oui, il faut traiter les symptômes, protéger la santé physique, éviter les risques vitaux. Mais il faut aussi écouter ce que le trouble livre comme message, car si on se contente de « faire manger » ou « arrêter les crises », on risque de laisser intact le vide qui a conduit à ces comportements.

Dans une société qui valorise la performance, l’autonomie et la maîtrise de soi, la souffrance psychique a peu d’espace pour s’exprimer sans jugement.

Ainsi, cette complexité appelle une approche holistique, où le corps et l’esprit sont considérés ensemble. Elle invite aussi à une écoute attentive, respectueuse du rythme et du vécu de chaque personne.


Quelques pistes pour avancer

  • Pour les proches : Évitez les jugements: «Mange», «Tu exagères». Préférez l’écoute : «Je vois que c’est difficile pour toi. Veux-tu en parler?».
  • Pour les professionnels : Pensez global! Oui, surveillez le poids et les constantes, mais explorez aussi l’histoire personnelle, les blessures, les croyances.
  • Pour la personne concernée : Rappelez-vous que vous n’êtes pas votre trouble. Il est une partie de votre histoire, mais pas votre identité entière. Et il existe des chemins pour en sortir, même si cela prend du temps.

En ce matin tranquille, avec votre café, peut-être que ces mots résonnent pour vous ou pour quelqu’un que vous aimez. Si c’est le cas, sachez qu’il existe des ressources, des professionnels, des espaces pour en parler. Parce que derrière chaque trouble, il y a une personne qui mérite d’être entendue, comprise… et accompagnée vers la vie.


Offrez-vous cet élan !

Et si on regardait ça ensemble… Caroline Tremblay, psychologue est là pour mieux vous accompagner !

📞 418-696-1255