
Quand dormir devient un combat: l’apnée du sommeil chez les militaires canadiens
11 novembre 2025
Par Johanne Goulet, Inhalothérapeute
Avec la collaboration de Carole Saint-Maximin
Novembre, le sommeil au cœur de la mémoire
Novembre revient, et avec lui, le Jour du Souvenir…
Depuis 1918, après la signature de l’Armistice du 11 novembre, ce jour marque la fin de la Première Guerre mondiale et rend hommage au courage et au sacrifice de nos militaires canadiens.
Mais au-delà du recueillement, il nous invite à réfléchir aux horreurs, aux cicatrices invisibles et aux séquelles laissées par la guerre, notamment sur le sommeil. L’apnée du sommeil, trouble souvent sous-estimé, fait partie de ces conséquences qui méritent toute notre attention, car elles peuvent profondément affecter le mieux-être de tous.
Ce moment nous rappelle que le sommeil des militaires est précieux et parfois fragile, surtout en cette période hivernale où la luminosité baisse et où les exigences professionnelles peuvent bouleverser le repos.
Ainsi, évoquer l’apnée du sommeil chez les militaires en novembre est doublement pertinent: un hommage aux sacrifices et un regard sur un dysfonctionnement de santé souvent sous-estimé, mais fréquent dans cette population.
Et si l’apnée du sommeil affectait plus qu’on ne le croit nos héros au quotidien?
L’apnée du sommeil: ce trouble qui perturbe les nuits
Si vous pensez que dormir suffit à récupérer, détrompez-vous!
Caractérisée par des épisodes répétés d’arrêts respiratoires, l’apnée du sommeil, est une maladie chronique sérieuse qui doit être diagnostiquée. Souvent méconnue, elle peut transformer vos nuits en parcours semé d’embûches.
Voilà ce que cela implique:
- Des pauses respiratoires répétées: la respiration s’interrompt plusieurs fois par nuit, sans que vous vous en rendiez toujours compte.
- Un sommeil fragmenté: ces micro-réveils empêchent d’atteindre un sommeil profond et réparateur.
- Une oxygénation compromise: moins d’oxygène dans le corps, plus de stress pour votre cœur et votre organisme.
- Une fatigue diurne intense: somnolence, baisse de vigilance, difficultés de concentration.
- Des impacts sur la santé: sur le cœur, le métabolisme, et même sur votre humeur et votre santé mentale.
L’apnée du sommeil n’est pas un simple inconfort nocturne: c’est un trouble sérieux qui mérite toute votre attention.
Stress, fatigue, privation de sommeil: pourquoi les militaires sont plus à risque?
Le sommeil des militaires est souvent mis à rude épreuve. Plusieurs facteurs viennent perturber leurs nuits et augmenter le risque de troubles du sommeil:
- Gardes prolongées et changements de quart : le corps perd son rythme naturel, le sommeil devient irrégulier.
- Stress opérationnel constant : vigilance accrue et tension permanente fragilisent le repos.
- Fatigue accumulée : le sommeil manquant, nuit à la récupération physique et mentale.
- Exposition réduite à la lumière en hiver : comme pour tous, l’organisme se dérègle, mais les militaires subissent cet effet en plus de leurs contraintes professionnelles.
- Stress post-traumatique : certaines expériences laissent des traces qui perturbent profondément le sommeil.
- Perturbations du cycle sommeil : veille, fatigue chronique et décalage horaire contribuent aussi au dysfonctionnement du système ventilatoire.
Résultat: leurs nuits interrompues compromettent vigilance, santé et qualité de vie.
Sommeil sous pression: que disent les statistiques?
Il n’existe pas de données précises sur l’apnée du sommeil obstructive (ASO) chez les militaires canadiens, comparativement à la population générale. Mais plusieurs études nord-américaines montrent que l’incidence et la prévalence de l’ASO sont fréquentes et en augmentation.
Voici ce que révèlent les recherches:
Étude de 2022: plus de 17 000 militaires ayant subi une blessure de combat.
Facteurs associés au développement de l’apnée du sommeil:
- Traumatismes crâniens
- Stress post-opérationnel
- Dépression et anxiété
- Insomnie
- Obésité
Étude américaine (2010-2019): incidence de l’apnée du sommeil en hausse dans la population militaire active.
- Le fait d’être déployé augmente fortement le risque.
Rapport 2021 du Department of Defense:
- 14 % des militaires actifs présentaient au moins un trouble du sommeil
- 7,7 % avaient un trouble d’apnée du sommeil diagnostiqué
- 5,5 % souffraient d’insomnie
Insomnie et apnée du sommeil peuvent souvent être reliées,
Population canadienne (2023):
- Prévalence de l’insomnie: 16,3 %
- Prévalence de l’apnée du sommeil: 26 %
Conclusion : Ces données parlent d’elles-mêmes: l’apnée du sommeil est partout, y compris là où la vigilance est vitale. Peut-on vraiment ignorer ce trouble qui affecte ceux qui veillent sur nous?
Obésité et sommeil: un cercle vicieux chez les militaires
Dans la population générale, l’obésité est un facteur bien connu de l’apnée du sommeil obstructive (ASO). Pourquoi?
Parce que l’excès de masse graisseuse, notamment au niveau du cou et de la langue, favorise la fermeture des voies respiratoires pendant le sommeil.
Et chez les militaires?
Même si l’on imagine souvent une forme physique exemplaire, plusieurs éléments montrent qu’ils ne sont pas à l’abri:
- Le rapport Health of the Force révèle que l’obésité et le surpoids sont présents dans la population militaire, et varient selon l’âge, le sexe et l’origine ethnique.
- Une étude canadienne (2023) démontre que dormir moins de 7 heures ou mal dormir, augmente la probabilité d’obésité, créant un véritable cercle vicieux.
- Changement de rythme de vie: le passage d’un rôle actif à un poste plus sédentaire, une réduction d’activité liée à une blessure, ou l’approche de la retraite favorisent aussi le gain de poids.
En résumé, quand le sommeil se dérègle, le poids s’en mêle; et quand le poids augmente, le sommeil s’essouffle. Un duo redoutable qui, chez les militaires, mérite d’être surveillé de près.
Attention au sous-diagnostic!
Chez les militaires, le diagnostic est souvent retardé… ou sous-estimé.
Pourquoi? Parce que:
- La fatigue est parfois perçue comme une norme du service, et non comme un signal d’alerte.
- Les démarches médicales nécessaires au diagnostic peuvent dissuader certains militaires, craignant un retrait temporaire du service.
- Les comorbidités comme la douleur chronique, les traitements psychotropes ou le SSPT (syndrome de stress post-traumatique), peuvent masquer les symptômes ou complexifier la prise en charge.
Résultat : de nombreux cas passent sous le radar, alors que le dépistage et le traitement pourraient grandement améliorer santé, vigilance et qualité de vie.
Quand les signes parlent, l’évaluation devient cruciale
Certains signaux ne trompent pas :
- Somnolence diurne
- Ronflements marqués
- Pauses respiratoires nocturnes
- Fatigue persistante
Ces signes doivent alerter.
Une évaluation spécialisée est essentielle, car les conséquences de l’apnée du sommeil sont à la fois individuelles et collectives: elles touchent la santé, la vigilance… et la performance de toute une équipe.
Le Mieux-être après la mission
En ce mois de novembre, alors que nous rendons hommage à ceux qui ont servi et à ceux qui servent, rappelons que la santé des militaires dépend aussi d’un sommeil de qualité.
L’apnée du sommeil touche un nombre croissant de militaires nord-américains, en lien avec les conditions de service, l’exposition opérationnelle, les traumatismes, le déficit de sommeil et les facteurs métaboliques.
Pour nos militaires, anciens ou en service, et pour leurs proches, restez attentifs aux signes : prenez rendez-vous dès maintenant pour une évaluation personnalisée.
Veiller sur ceux qui veillent sur nous, c’est aussi reconnaître que le sommeil est essentiel à leur mieux-être.
Vous pensez être à risque?
Un examen diagnostic de l’apnée du sommeil peut faire toute la différence.
📞 Appelez-nous dès aujourd’hui au 418-696-1255